quand on dénonce une forme de racisme en en commettant une autre
Depuis l’attentat terroriste de Trappes, beaucoup de Français dénoncent le racisme. Ils affirment, y compris les Français d’origine maghrébine, qu’en France, les Arabes et les Noirs sont victimes de racisme.
Parce que les Maghrébins représentent la communauté issue de l’immigration la plus nombreuse, avec le terme « Arabes », ils désignent donc principalement les Maghrébins et les Français d’origine maghrébine. Or, ces derniers ne sont pas arabes. Ils sont très majoritairement berbères ou amazighs, même si l’arabisation a fait que beaucoup parlent arabe aujourd’hui.
Appeler les Maghrébins « les Arabes », c’est leur attribuer une identité qui n’est pas la leur, ce qui est psychologiquement très violent, car cela revient à nier leur identité. Cela revient à leur dire que ce qu’ils sont, c’est-à-dire des Berbères, n’est pas assez prestigieux et qu’il est préférable de l’oublier et de s’attribuer une autre identité, celle des Arabes, ce qui est une attitude qui exprime également un racisme. Ainsi, au moment où, en France, on dénonce le racisme, on commet un autre racisme.
Dans mon ouvrage La_nécessaire_réconciliation (publié en Algérie en 2013), j’ai analysé ce phénomène de « dénigrement de soi », dénoncé par le sociologue et historien Ibn Khaldûn (1332-1406), pour comprendre les causes qui ont poussé les Berbères, ou une bonne partie des Berbères, à rejeter leurs origines pour prétendre à des origines arabes. J’ai voulu surtout connaître les conséquences sur le comportement des Maghrébins envers eux-mêmes et envers les autres. J’ai expliqué cela par trois facteurs principaux dont celui de la religion et le complexe du nouveau converti, qui veut toujours faire plus que ce qu’on lui demande, transmis de génération en génération.
Ce que j’ai déduit de ce travail de recherche, c’est que plus la personne est dans une pratique extrémiste de la religion, plus elle rejette ses origines et préfère se dire Arabe et vice versa. C’est-à-dire que plus la personne n’est pas extrémiste, plus elle se réconcilie avec ses origines maghrébines, autrement dit berbères ; certains préfèrent le terme « Amazighs ».
Lire sur le sujet