Razika Adnani « L’apprentissage de l’arabe est inutile pour lutter contre l’islamisme »

Un des éléments du récent rapport de l’Institut Montaigne qui a le plus provoqué de controverses est celui relatif au développement de l’apprentissage de la langue arabe pour contrer «la fabrique de l’islamisme».

Apprendre l’arabe serait donc un moyen pour lutter contre l’islamisme, ce qui est tout à fait absurde. Il suffit de regarder les pays du sud de la Méditerranée, l’Algérie ou le Maroc par exemple, pour réaliser que l’arabisation ne les a pas empêchés de sombrer dans le salafisme et le radicalisme. C’est même le contraire qui est vrai.

Cela ne signifie pas que la langue arabe est la cause de l’islam radical, de sorte que son apprentissage engendrerait inévitablement le fondamentalisme et le fanatisme. Nacer Abou Zayd écrivait dans cette langue et on ne peut pas qualifier ses ouvrages de radicalistes ni de fanatistes.La langue arabe est la langue du Coran, elle est liée à l’islam et celui-ci est depuis des siècles dominé par le discours salafiste et fondamentaliste.

Cependant, la langue arabe est la langue du Coran, elle est liée à l’islam et celui-ci est depuis des siècles dominé par le discours salafiste et fondamentaliste. Bien que ces derniers ne s’expriment pas qu’en langue arabe, celle-ci demeure le premier vecteur de leur pensée. L’apprentissage de la langue arabe pour les musulmans de France réduira la distance entre eux et le discours salafiste et fondamentaliste s’exprimant majoritairement en langue arabe et accentuera le problème de leur intégration.

Cependant, les auteurs de ce rapport ne voient pas ainsi les choses. Selon eux, l’apprentissage de la langue arabe à l’école empêcherait les enfants de confession musulmane d’aller à la mosquée pour apprendre la langue arabe ce qui les expose au discours radicaliste islamiste. Or, les parents n’envoient pas leurs enfants à la mosquée pour qu’ils apprennent la langue arabe, mais la religion musulmane. L’apprentissage de la langue arabe à l’école n’empêchera donc pas les parents de continuer à envoyer leurs enfants à la mosquée. La preuve en est que cette langue est déjà dispensée dans les écoles françaises sans que cela ne détourne les jeunes musulmans de la mosquée. Cela ne signifie pas qu’il faut interdire l’apprentissage de la langue arabe, mais tous simplement ne pas croire que l’enseignement de cette langue sera un moyen pour lutter contre la «fabrication de l’islamisme».À lire aussi : Razika Adnani: «Pour se réformer, l’islam doit se libérer de l’emprise des salafistes!»

Les auteurs de ce rapport ajoutent que l’apprentissage de la langue arabe permettrait aux musulmans de lire directement les textes coraniques, ce qui les dispenserait de l’intermédiaire des islamistes. Or, pour s’informer au sujet de leur religion les musulmans y compris les arabophones ne lisent pas le Coran hormis une petite minorité, mais les livres des docteurs de l’islam. D’une part, le Coran n’est pas accessible à tous, le lire demande des connaissances plus approfondies en matière de langue, mais aussi d’histoire de l’islam et de théologie. D’autre part, sous l’emprise de l’esprit salafiste, la grande majorité des musulmans sont convaincus que les premiers musulmans sont ceux qui ont le mieux compris le Coran et ils pensent que c’est à leurs commentaires et leur théologie qu’il faut se référer pour comprendre leur religion.

La réforme de l’islam ne peut se faire que si l’on interroge l’islam en tant que religion pour l’adapter à l’époque actuelle et aux valeurs de la modernité.

Quant à l’idée d’un clergé ou d’un grand «imam de France» qui unifierait la voix des musulmans, tout d’abord, il faut rappeler que le monde chiite a toujours eu un clergé (des imams et des ayatollahs). Pourtant, la situation de l’islam chez les chiites n’est pas meilleure que chez des sunnites. Ensuite, si on ne reconnaît pas dans le sunnisme une autorité suprême cela ne signifie pas qu’elle soit inexistante. La mosquée al-Azhar au Caire par exemple occupe en quelque sorte ce rôle. Pourtant, le monde sunnite n’a pas pu sortir de l’impasse dans laquelle il s’est retrouvé.

Enfin, parce que le clergé tient, presque par nature, un discours traditionaliste, l’instauration d’une telle institution serait une entrave, si elle dispose d’une autorité, pour l’émergence d’un discours moderniste au sein de l’islam en France.À lire aussi : Réformer l’islam de France, ou réformer l’islam tout court?

Ainsi, ni l’apprentissage de la langue arabe ni l’instauration d’un clergé ne permettront de contrer le radicalisme et le salafisme. Seule une «véritable réforme» de l’islam le permettra en France et ailleurs ; elle ne se fera pas en France indépendamment des pays musulmans. Aussi la réforme de l’islam ne peut-elle se faire que si l’on interroge l’islam en tant que religion pour l’adapter à l’époque actuelle et aux valeurs de la modernité. C’est pour cela que le projet d’Emmanuel Macron concerne la réforme de la gestion du culte musulman en France et non celle de l’islam. Ce travail de réforme de l’islam doit se faire en parallèle avec une éducation qui inculque aux enfants l’esprit des lumières et les valeurs de la laïcité. C’est la meilleure manière de contrer tout fanatisme et tout radicalisme. Razika Adnani

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