Éducation nationale, la langue arabe et l’intégration (Entretien de Razika Adnani accordé au journal l’Obs)

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L’obs : Pourquoi renforcer l’enseignement de l’arabe pour lutter contre le communautarisme vous paraît-il une mauvaise idée ?

Razika Adnani : Renforcer l’apprentissage de la langue arabe à l’école n’est pas un moyen efficace de lutter contre l’islamisme. Il suffit de regarder les pays du Sud de la Méditerranée, l’Algérie ou le Maroc par exemple, pour réaliser que l’arabisation ne les a pas empêchés de sombrer dans le salafisme et le radicalisme. C’est même le contraire qui est vrai. La langue arabe est prise en otage par le salafisme et l’intégrisme depuis la fin du XIIe siècle où elle a hélas cessé d’être une langue créatrice en sciences et en philosophie.

Croire qu’en renforçant la langue arabe à l’école on empêcherait les parents d’envoyer les enfants dans des mosquées, où ils sont endoctrinés comme le président Macron l’a laissé entendre, est une erreur. Si en France des parents envoient leurs enfants à la mosquée, ce n’est pas tant pour apprendre l’arabe que pour apprendre la religion. Renforcer l’apprentissage de l’arabe à l’école ne les empêchera pas d’ envoyer leurs enfants à la mosquée.

L’arabe est extrêmement lié à l’islam. Elle est la langue du Coran et celle du prophète, et pour beaucoup de musulmans, c’est même la langue sacrée, celle de Dieu. On ne peut pas la comparer, comme le font certains, à d’autres langues tel l’espagnol ou le portugais, par exemple.

L’Osb : Mais l’enseignement scolaire ne permettrait-il pas à de jeunes Français de développer des opportunités avec les pays arabophones ?

Razika Adnani : Dans les affaires, on parle anglais dans les pays du Moyen-Orient et le français dans ceux du Maghreb. Par ailleurs, pour ceux que cela intéresse, l’arabe est déjà enseigné en France : dans l’enseignement supérieur, il a toujours eu sa place. Depuis longtemps, des diplomates, par exemple, l’ont appris et le maîtrisent très bien.

L’obs: Comment l’Éducation nationale peut-elle cependant jouer un rôle pour une meilleure intégration ?

Razika Adnani : En encourageant l’apprentissage et la maitrise de la langue française et non en se focalisant sur l’arabe. En France, la majorité des musulmans provient du Maghreb, où la très grande majorité est amazigh [ou berbère]. Leurs cultures existaient bien avant l’arrivée de l’islam au VIIe siècle. Dès lors, je crois qu’il est important d’aider ces populations à se réconcilier avec leur histoire méditerranéenne : l’arabisation les a poussés vers le Moyen-Orient, en niant leur propre histoire et leur identité. En France, il serait utile d’enseigner quelques noms d’auteurs berbères, comme Apulée du IIe siècle ou encore Florus du IIe siècle. Les Français d’origine maghrébine ont à apprendre de quoi être fiers. L’histoire et la culture des pays du Maghreb ne sont pas celles du Moyen-Orient malgré les liens qui se sont tissés avec le temps. 

Conférence –
Maghreb : le problème identitaire et ses répercussions –
Dans le cadre des rencontres d’Euromed IHEDN

Entretien téléphonique accordé à Thierry Noisette à sa demande. Censuré par le journal l’Obs, il n’a pas été publié

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