L’islamologue Razika Adnani : «Pas de réforme sociale sans réforme de l’islam» ( Par Kamel M.)



© Le contenu de ce site est protégé par les droits d’auteurs. Merci de citer la source et l'auteure en cas de partage.
Razika Adnani -Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique

Par Kamel M. Algérie Patriotique

L’islamologue Razika Adnani constate un recul de la renaissance, la nahda, et alerte sur un retour à un islam de plus en plus rigoriste. Elle souligne, dans une étude, dont elle a abordé le contenu dans un entretien au magazine Marianne, «le retour en arrière par rapport aux réalisations de la nahda». «Il y a eu non seulement une interruption du processus de modernisation, mais aussi un renoncement progressif à ses acquis, et cela à partir des années 1970 notamment», explique la philosophe, pour laquelle «le renoncement aux valeurs de la modernité et le phénomène du retour en arrière et au passé ne concernent pas uniquement les pays du Maghreb mais tous les pays musulmans ainsi que l’Occident où une partie importante de la population est aujourd’hui musulmane».

«En France, les lycéens qui revendiquent le droit de porter la gandoura ou le qamis et la abaya, de porter le voile s’inscrivent dans ce phénomène de retour au passé, représenté toujours comme valeur suprême dans le discours religieux. Gandoura, c’est le terme qu’on utilise au Maghreb pour désigner les robes longues que portent les femmes et les hommes. Qamis et abaya sont des termes arabes utilisés au Proche-Orient mais, surtout, dans les milieux islamistes», poursuit l’auteure d’une note intitulé «Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique», dans laquelle elle étudie les causes du renoncement à la modernité, sur fond de réislamisation du Maghreb.

L’académicienne franco-algérienne, membre du Conseil d’orientation de la Fondation de l’islam de France et du conseil scientifique du Centre civique d’étude du fait religieux, se demande jusqu’où ira ce renoncement à la modernité. «C’est la question que je me suis posée dans cette étude, en observant ce retour en arrière et le renoncement aux acquis de la nahda». Elle rappelle qu’un des projets de la nahda «était d’émanciper les femmes du port du voile». «Le retour des femmes au port du voile, y compris en Occident, est une autre preuve de ce renoncement à la modernité au nom de l’islam. Le renoncement aux droits de l’Homme, à la liberté de conscience, c’est également au nom de l’islam et de la charia qu’il s’est fait», souligne-t-elle.

Ce renoncement à la modernité peut-il aller au point de rétablir l’esclavage, le châtiment de la main coupée et la dhimmitude ? Les femmes seront-elles à nouveau enfermées à la maison, privées de l’éducation et de travail ? Cette question exprime une grande inquiétude légitime, étant donné que des groupes extrémistes comme Daech et les Taliban l’ont bien fait au nom de la charia», fait remarquer l’auteure de La Nécessaire Réconciliation. «Aujourd’hui, en Occident, des prédicateurs islamistes rappellent aux femmes qu’elles ne doivent pas sortir sans l’autorisation de leur mari et prônent la lapidation au nom de l’islam, preuve que le retour en arrière n’épargne pas l’Occident», relève-t-elle

Razika Adnani impute la responsabilité de la «riposte des conservateurs» aux «modernistes qui avaient le pouvoir» et qui «n’avaient pas été au bout de leur projet de modernisation». «Ils avaient accepté le principe de l’égalité étant donné qu’ils avaient aboli l’esclavage et la dhimmitude, mais l’ont refusé lorsqu’il s’agissait des femmes». «N’étant pas prêts à accepter que les femmes aient les mêmes droits qu’eux, ils ont décidé de maintenir la charia, notamment et explicitement, dans le domaine de la famille», développe-t-elle, en relevant qu’«empêcher les femmes d’accéder au même statut social et politique que les hommes était le point commun qu’ils avaient avec les islamistes et les conservateurs».

«Ceux qui voulaient réformer l’islam ont imposé des limites au travail de la pensée et ont, de ce fait, empêché cette réforme de se faire», conclut l’islamologue, selon laquelle «aucune réforme sociale et politique ne peut être pérenne sans une réforme de l’islam» dans les pays musulmans.

K. M. 

© Le contenu de ce site est protégé par les droits d’auteurs. Merci de citer la source et l'auteure en cas de partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *