Le renoncement, jusqu’où ?



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Extrait de l’ouvrage de Razika Adnani Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique publié par Fondapol

Jusqu’où ira le renoncement à la modernité ? La question mérite d’être posée vu que le renoncement aux acquis de la Nahda est constant et persistant. Demain, que restera-t-il de l’égalité et des libertés gagnées sur l’archaïsme ? Ce sont les deux valeurs que les musulmans rejettent alors qu’elles sont les fondements de la modernité. Dès le départ, la position des musulmans à leur égard a oscillé entre la réticence des modernistes et le refus catégorique des fondamentalistes et des islamistes. Les premiers voulaient une modernité qui n’aille pas, précisément dans le domaine de la famille, à l’encontre de leurs valeurs traditionnelles ; quant aux seconds, qui étaient aussi bien des religieux, des médecins, des ingénieurs ou des écrivains, ils l’ont purement et simplement diabolisée. Ainsi, le médecin algérien #Ahmed Aroua (1926-1992) affirme que les démocraties modernes ne sont pas « superposables à l’idéal islamique, pour l’évidente raison qu’elles sont le produit d’une civilisation dominée par les valeurs matérielles21 ». Il est étonnant que le respect des libertés individuelles et le fait de considérer que les êtres humains sont égaux en humanité et en droits soient vus comme l’expression de valeurs matérielles…

S’inquiéter au sujet de ce retour en arrière est légitime, car renoncer à la modernité signifie retourner à l’époque où le côté primitif de l’être humain l’emportait. L’époque de l’esclavage, de la dhimmitude, de l’enfermement à vie des femmes et de leur assignation à un statut inférieur humiliant. Quand il s’agit du comportement humain, la modernité n’est pas liée au temps ni assimilée au « maintenant » ou au « récent ». Elle est l’âge adulte de l’humanité. En effet, ne pense les principes de la modernité, la liberté et l’égalité, que celui qui a atteint un certain niveau de maturité, et ne les prend comme règles de son comportement individuel et social que celui qui arrive à contrôler ses instincts. Ne peut considérer l’autre comme égal à lui-même en dignité et en droits que celui qui arrive à mater son égoïsme, son désir de domination et son penchant pour la barbarie.

Jusqu’où ira le renoncement à l’évolution de notre humanité ? La question mérite d’être posée compte tenu de l’allure à laquelle à lieu le retour en arrière. Les femmes au Maghreb seront-elles à nouveau enfermées ? Auront-elles interdiction de sortir, de voyager ou même de s’instruire ? Les esclaves seront-ils vendus à nouveau sur les marchés d’Alger, de Tunis ou de Rabat ? Les châtiments corporels et la dhimmitude seront-ils rétablis ? Ces inquiétudes ne sont pas injustifiées après que Daech, les talibans et les mollahs ont pu imposer leurs pratiques et que l’Occident lui-même n’est pas épargné par le retour en arrière.”

L’étude de Razika Adnani est en accès libre sur le site de Fondapol : https://www.fondapol.org/…/maghreb-limpact-de-lislam…/

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