Le Pape Léon XIV en Algérie  » Pour qu’il y ait dialogue interreligieux, l’islam a besoin de faire sa réforme » Razika Adnani



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Le Pape Léon XIV en Algérie  » Pour qu’il y ait dialogue interreligieux, l’islam a besoin de faire sa réforme » Razika Adnani

Le déplacement du Pape Léon XIV en Algérie a été un événement historique étant donné que c’est la première fois qu’un souverain pontife visite ce pays de l’Afrique du Nord. C’est également une visite qui avait beaucoup de sens pour le Pape Léon XIV qui se veut « un fils de saint Augustin », ce Père de l’Église, né à Thagaste en Algérie aujourd’hui Soug Ahras, grand penseur de la chrétienté et auteur d’ouvrages majeurs « Les Confessions », « De La Trinité » et « La Cité de Dieu ». Cette visite a mis en lumière l’Église qui est ancrée dans l’histoire de l’Afrique du Nord, cette terre qui lui a donné trois papes berbères : Victor Ier, à la fin du IIe siècle, Miltiade (311-314) Gélase Ier (492-496).

Pour l’Algérie, la visite du Pape a été extraordinaire. Aucun auteur n’a pu avec son ouvrage, aucun politique n’a pu avec son discours réconcilier les Algériens avec leur histoire comme l’a fait le Pape Léon XIV avec cette visite même si certains ont encore du mal à prononcer le terme berbère en parlant de saint Augustin comme si un Père de l’Église ne pouvait pas être un ancêtre des Algériens.

Un voyage pour la paix

La visite du Pape en l’Algérie, un pays à majorité musulmane, traduit la volonté de l’Église catholique de favoriser la rencontre des civilisations. Le Pape Léon XIV, qui a choisi pour son premier déplacement hors d’Italie la Turquie, un pays à majorité musulmane, et le Liban, un pays multiconfessionnel, a déclaré vouloir construire des ponts entre le monde musulman et le monde chrétien.

Dans toute leur histoire l’islam et l’Église ont été en rivalité et se sont faits beaucoup de guerres. L’arrivée de l’ère de la modernité avec ses valeurs d’égalité et de liberté a exercé une influence considérable sur l’Église catholique, ce qui l’a poussée à procéder à des réformes importantes notamment la réforme du concile Vatican II de 1962. Toutefois, la colonisation et la Shoah ont été elles aussi des causes importantes dans les réformes que l’Église a menées et qui ont changé son attitude envers les autres religions et le regard qu’elle porte sur elles, particulièrement les deux religions abrahamiques l’islam et le judaïsme. Ainsi, depuis des décennies, l’Église catholique est versée dans l’humanisme, prêche le message de la paix et prône le dialogue interreligieux.

Le dialogue interreligieux

Le dialogue est un entretien, un échange de paroles et d’idées entre au moins deux personnes ou deux groupes de personnes dont l’objectif est de construire des ponts et de trouver des terrains d’entente. Pour qu’il y ait dialogue, il faut que chacune des parties participant au dialogue fasse un pas vers l’autre. Dans le domaine des religions, ce pas ne se fera pas sans que chacune des religions apportent des solutions à ce qui l’empêcherait de faire ce pas vers l’autre religion. C’est ce que l’Église catholique a fait lors du concile Vatican 2 avec la reconnaissance de la liberté de conscience comme droit pour tous les êtres humains. Récemment, elle a reconnu que Jésus et Marie étaient juifs pour permettre ce dialogue avec le judaïsme.

L’islam n’a pas fait sa réforme

Pour s’investir dans ce travail interreligieux, l’Église catholique a donc fait sa réforme, mais pas encore l’islam. Celui-ci n’a pas réussi, sa réforme, pour à s’adapter aux valeurs de l’humanisme, voulue par certains intellectuels. Si sur le plan individuel, beaucoup de musulmans ont fait leur petite réforme personnelle, ce n’est pas le cas du discours religieux. L’islam officiel est dominé, de plus en plus, par une vision conservatrice et archaïque qui ne pose pas la question des versets qui au sujet de la relation avec l’autre posent un problème tels que le verset 51 de la sourate 5, la Table servie : « Ô vous qui croyez ne prenez pas les juifs et les chrétiens comme “awlia” ils sont “awlia” les uns des autres celui qui des vôtres en fera des “awlia” sera des leurs […] ». Awlia signifie selon les commentateurs alliés, tuteurs ou encore ceux qui disposent de l’autorité.Il y a également le verset144 de la sourate 4, les Femmes : « Ô vous qui croyez ne prenez pas pour “awlia” les mécréants au lieu des croyants voudriez-vous donner à Dieu un argument évident contre vous » et le verset 51 de la sourate 5, la Table servie.

Une religion ne peut pas non plus s’engager dans le dialogue interreligieux si elle ne commence pas par engager un dialogue entre les différentes fractions qui la constituent. C’est le cas de l’islam qui ne peut pas entamer un dialogue sincère avec les deux autres religions monothéistes s’il ne commence par un dialogue sincère entre les différents islams et notamment entre l’islam chiite et l’islam sunnite qui se font la guerre depuis des siècles et qui continuent encore aujourd’hui. La guerre au Moyen-Orient est, en partie, une guerre entre les chiites et les sunnites.

Cependant, pour qu’il y ait un dialogue entre les différents islams il faut qu’il y, au sein d’un même islam, une possibilité de discuter, d’échanger et de débattre dans le respect de l’autre et sans porter des accusations sur lui. Pour qu’il ait une ouverture sur l’autre, il faut qu’il y ait d’abord une ouverture sur l’autre le plus proche de soi. Cette liberté de conscience et cette liberté individuelle, que plusieurs versets coraniques reconnaissent, mais pas le discours religieux, sont indispensables pour mener la réforme dont l’islam a besoin. Dans presque tous les pays musulmans, il y a des lois qui punissent les musulmans pour la simple raison qu’ils ont un avis sur la religion différent de celui des gardiens du conservatisme.

Paris 14 avril 2026

Razika Adnani

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