La liberté de conscience, le Coran et les juristes



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Par Razika Adnani

Extrait de son ouvrage Sortir de l’islamisme

Les musulmans ne prennent pas non plus en considération la liberté de croyance. Juristes tout comme gens du commun, dans leur très grande majorité, pensent que la liberté de conscience est contraire à l’islam et les plus islamistes qui veulent une pratique stricte de la charia imposent ou revendiquent l’exécution de l’apostat.

Pourtant, au moins  le Coran au moins vingt-huit versets coraniques permettent de déduire que le Coran garantit la liberté de croyance. Huit d’entre eux évoquent l’apostasie, mais ne disent pas que la société doit punir l’apostat, et encore moins le tuer. Ils précisent tous que Dieu se réserve le droit de punir l’apostat en le privant de la récompense de ses bonnes actions et en lui attribuant l’enfer comme dernière demeure. Dix-huit versets s’adressent au Prophète au sujet de la croyance des individus et lui rappellent qu’il n’a ni autorité ni domination sur eux, qu’il n’est pas leur mandataire et que son rôle consiste seulement à transmettre le message divin. Deux versets évoquent directement la question de la liberté de croyance : le verset 29 de la sourate 18, La Caverne (Al-Kahf, mecquoise) : « Celui qui veut croire, qu’il croie, et celui qui veut être mécréant, qu’il le soit » ; et, le plus connu, le verset 256 de la sourate 2, La Vache (médinoise) : « Nulle contrainte en religion ».

Cependant, ceux qui ont mis en place le droit musulman en ont décidé autrement. Ils ont refusé à l’individu le droit d’être libre de croire ou de ne pas croire. Quant au verset 256 de la sourate 2, si certains ont affirmé qu’il était abrogé, pour la majorité des religieux, il ne concerne que les non-musulmans qui ont la liberté d’adhérer ou non à l’islam. Quant aux musulmans, ils ne peuvent pas quitter l’islam.

La raison invoquée est que ne pas punir l’apostat — c’est-à-dire permettre aux musulmans de quitter l’islam — nuirait à la société musulmane et à l’islam. Ils ont ainsi affirmé que l’apostat devait être tué après qu’un ultimatum lui eut été posé, lui enjoignant de renoncer à son choix et de revenir à l’islam.

Ibn Taymiyya (1263-1328) explique, dans son Madjmoua al-fatawis, que ne pas tuer l’apostat signifie que l’on peut adhérer à l’islam et en sortir comme on veut. L’Andalou Ibn Hazm (996-1064) explique, dans son ouvrage Al-Mouhalla, que l’apostasie n’est pas permise en islam et que la preuve en est le consensus des religieux sur cette question.

Alors qu’Ibn Hazm prône le littéralisme strict — car, pour lui, le sens des textes coraniques est clair et, de ce fait, le commentateur doit se contenter de les prendre tels qu’ils se présentent —, concernant le verset 256 de la sourate 2, La Vache : « Nulle contrainte en religion », il fait une exception en précisant qu’il ne doit justement pas être interprété selon son sens apparent.

C’est une autre preuve qui démontre la fausseté de l’idée selon laquelle les juristes musulmans auraient légiféré conformément aux recommandations du Coran. Bien au contraire, tout indique qu’ils ont procédé autrement. Ils ont légiféré selon ce qu’ils considéraient comme nécessaire pour préserver ce qu’ils pensaient être l’intérêt de la société et de la religion, puis ont trouvé dans le Coran ce qui pouvait justifier leurs règles.

Razika Adnani, extrait de son. ouvrage Sortir de l’islamisme, Erick Bonnier, décembre 2024

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