Razika Adnani : « Les musulmans ont opté pour une vérité uniquement révélée »

Pour protéger la vérité révélée, les musulmans conservateurs, très souvent pour des raisons politiques [1] , ont mis en place des théories et des concepts dont le rôle était de mettre fin à la réflexion, bloquer la pensée libre et entraver la raison. Ces théories et ces concepts sont encore aujourd’hui très ancrés dans le conscient et le subconscient des musulmans.
Ils ont provoqué, au XII e siècle environ, la défaite face à la révélation de la pensée rationnelle et créatrice [2] . La vérité est alors devenue uniquement révélée c’est-à-dire donnée et pour les musulmans elle doit ainsi être transmise. Cette défaite de la pensée, comme faculté de réflexion et faculté de rationnelle, a entraîné le déclin de la civilisation musulmane. Une seconde défaite de la pensée a eu lieu au XXe siècle. En explorant la pensée musulmane de son commencement à nos jours, j’ai déduit que la cause fondamentale de tous les problèmes que se posent en islam est d’ordre épistémologique et réside dans cette défaite de la pensée, comme source de connaissance, face à la révélation.
L’Occident et particulièrement la France a accueilli l’islam et elle en a fait sa deuxième religion. Est-elle capable de le libérer de ces concepts et ces théories qui bloquent la pensée créatrice et rationnelle et par conséquent entravent sa réforme?
Pour la réponse à suivre
[1]Comme je l’explique dans mon ouvrage Sortir de l’islamisme
[2] Comme je l’explique dans mes deux ouvrages : « Le blocage de la raison dans la pensée musulmane » et « Islam : quel problème ? Les défis de la réforme »
Parmi ces concepts que les musulmans ont inventés pour bloquer la pensée et la raison figurent : « la religion est une question de cœur et non de raison ». Ci-dessous un extrait de mon ouvrage « Islam : quel problème ? Les défis de la réforme », pages 70 et 71.



D’autres extraits de l’ouvrage
- Les grandes contradictions des musulmans « : https://www.razika-adnani.com/razika-…
- Le naql » ou la méthode littéraliste » : https://www.razika-adnani.com/la-naql…
- Penser l’islam : https://www.razika-adnani.com/penser-…
- « La défaite des muatazilites » : https://www.razika-adnani.com/razika-…
- Du salafisme traditionnel au salafisme moderne : https://www.razika-adnani.com/razika-…
- Islam révélé et islam construit : https://www.razika-adnani.com/slam-re…
1 Commentaire(s)
Merci pour ce texte très stimulant.
En vous lisant, je me demande si la question de la « défaite de la pensée » ne pourrait pas être éclairée également par une approche institutionnelle.
Vous montrez que le problème fondamental est épistémologique : la pensée rationnelle cesse progressivement d’être reconnue comme source autonome de connaissance face à la révélation. Mais comment expliquer alors le destin paradoxal d’Averroès ?
Vous avez souvent souligné, à juste titre me semble-t-il, les limites de sa pensée : malgré son plaidoyer en faveur de la philosophie, il ne rompt jamais véritablement avec la suprématie ultime de la révélation. Pourtant, son influence sera considérable en Occident. Traduits en latin et largement diffusés dans les universités, ses commentaires d’Aristote deviendront pendant plusieurs siècles une référence majeure de l’enseignement philosophique ; les débats qu’ils susciteront contribueront puissamment à la réappropriation européenne de la rationalité aristotélicienne, dont l’assimilation puis le dépassement constitueront l’une des conditions intellectuelles de la révolution scientifique du XVIIe siècle et, plus largement, de la modernité occidentale.
Je me demande si la différence ne tient pas en partie aux institutions qui ont reçu son œuvre. Averroès apparaît largement comme un philosophe de cour, dépendant de la protection des souverains almohades. Thomas d’Aquin, lui, appartient à un ordre religieux et enseigne dans des universités constituées en corporations de maîtres et d’étudiants. Lorsque la faveur politique se retourne contre Averroès, sa position devient fragile. À l’inverse, la pensée thomiste sera portée, enseignée et progressivement institutionnalisée par des communautés durables capables d’en assurer la transmission.
Peut-on voir dans cette différence institutionnelle l’une des raisons pour lesquelles la pensée rationnelle a fini par acquérir en Occident une autonomie croissante, alors qu’elle est demeurée beaucoup plus dépendante de la révélation dans le monde musulman ? En d’autres termes, la « défaite de la pensée » que vous décrivez ne serait-elle pas aussi, au moins en partie, l’échec de la constitution d’institutions capables de protéger durablement cette pensée ?
Bien cordialement,
Jean-Pierre Castel