Bismillah ( entretien de Razika Adnania avec le Figaro)

Propos recueillis par Steve Tenré
Auprès du Figaro, la philosophe et islamologue Razika Adnani a apporté quelques éléments de contexte sur le mot «bismillah», une «formule importante pour les musulmans pratiquants», qui signifie «au nom de Dieu». Elle constitue une partie de la phrase (« Au nom de Dieu, le tout miséricordieux, le miséricordieux »), appelée « Basmala ». elle également la «formule introductrice de toutes les sourates du Coran à l’exception de la sourate 9». «Les musulmans pratiquants peuvent la citer avant de commencer n’importe quelle action dans leur vie quotidienne: avant de commencer à manger, avant de faire démarrer la voiture, avant d’entreprendre une transaction commerciale et avant de commencer la prière. Par son intermédiaire, ils rappellent leur croyance en Dieu et leur appartenance à l’islam.»
Mais, précise-t-elle, «Bismillah n’est pas évoqué par les religieux comme une formule sacrée. Ce qui est sacré, c’est Dieu et non la formule bismillah, qui peut désigner n’importe quel Dieu. Le terme Allah ne désigne pas le Dieu des musulmans, mais tout simplement Dieu en arabe. C’est un terme qui existait bien avant l’islam et sa présence est attestée au sein du panthéon polythéiste arabe. Autrement dit, le terme Allah peut être utilisé par n’importe quel religieux qui s’exprime en arabe». Pour Razika Adnani, cette confusion est une «erreur», qui se «retrouve chez des Français qui, lorsqu’il s’agit de l’islam, n’utilisent pas le terme Dieu, mais Allah.» D’autant que, souligne-t-elle, «Dieu a 99 noms en islam».
L’islamologue poursuit en citant des exemples historiques, comme celui du théologien et juriste musulman sunnite al-Qortobi, spécialise de l’exégèse du Coran au 13e siècle. «Il affirmait que le prophète et les premiers musulmans ne citaient pas la basmala pour faire la prière. Il ajoutait que les religieux, dont Mâlik ibn Anas (8e siècle, considéré comme le fondateur de l’école juridique malékite, l’une des quatre grandes écoles du droit musulman sunnite, NDLR), ne considéraient pas la basmala comme un verset.»
Pour l’autrice de Sortir de l’islamisme (2021, éditions Erick Bonnier) «les extrémistes musulmans qui interviennent pour interdire qu’on inscrive la phrase “Bismillah, c’est les ténèbres” sur les pancartes se positionnent comme défenseurs de l’islam. Or, ces extrémistes vivent en France, mais n’intègrent pas l’idée qu’en France, on a le droit de critiquer les religions. Certes, ils ont le droit de ne pas être d’accord avec ce qui se dit et de l’exprimer. Cependant, appeler les musulmans à intervenir pour interdire à l’autre de s’exprimer au sujet de l’islam est un appel à la violence, ce qui n’est ni dans l’intérêt de la France ni dans celui des musulmans de France.»
Razika Adnani