Valeurs actuelles : Algérie : pour remercier le personnel soignant, le gouvernement leur offre… le Coran –

Valeurs actuelles a écrit au sujet de l’article de Razika Adnani : Pourquoi distribuer le Coran au personnel soignant ?  

Une idée étonnante, mais pas sans arrières-pensées… En visite dans un hôpital de Sidi Bel Abbès, une ville de l’ouest de l’Algérie, la police locale avait jugé bon de remercier le personnel médical à la fin du mois de juillet dernier. Chaque soignant avait de ce fait reçu un livre du Coran. Selon la philosophe et islamologue, Razika Adnani – aussi membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du Centre civique d’étude du fait religieux – cette « imbrication du politique et du religieux exprime une dérive dans la fonction de l’État », ainsi qu’une « régression dans la conception moderne de l’État », a-t-elle écrit sur le site algérien Liberté mardi 4 août.

« Comme si tout Algérien était musulman »

Comme elle le rappelle, la politique n’a jamais été « séparée » de la religion. Cependant, les offrants auraient « agi comme si tout Algérien était musulman ». « Autrement dit, ils ne reconnaissent pas à un Algérien ou à une Algérienne le droit de ne pas être musulman(e), d’avoir une autre religion ou de ne pas en avoir du tout », a écrit l’experte franco-algérienne. Elle a ajouté : « Considérer que tout Algérien est musulman relève de l’absence de respect de la liberté de conscience. »

Face à la polémique que cela a engendré, certains Algériens ont réagi et ont trouvé les critiques « ridicules », estimant que « tous les médecins seraient de confession musulmane », a rédigé la philosophe. Or, « cette uniformité religieuse n’est pas conforme à la réalité ». « En Algérie, il y a des chrétiens, des Juifs, des agnostiques et des athées » conteste Razika Adnani. D’autant que selon elle, « la médecine soigne les maladies en s’attaquant à leurs causes, et non en faisant la prière. »

La religion, un moyen « pour obtenir le pouvoir social et politique » 

Cette islamologue n’a pas hésité à critiquer ce cadeau à message : « Avant d’offrir un objet sacré, il est indispensable de s’assurer, par respect pour la personne, de ne pas heurter ses convictions personnelles. » En effet, posséder le Coran devrait être un « acte de volonté et de désir personnel ». Razika Adnani a alors alerté davantage sur la situation : « Il est important de le rappeler, car cette habitude d’offrir le Coran commence à prendre de l’ampleur dans notre pays. » D’après elle, beaucoup d’Algériens ne vivraient plus leur religion « dans une relation individuelle discrète et sincère avec le divin » mais ils l’auraient transformé en « moyen qu’ils utilisent pour obtenir le pouvoir social et politique », a-t-elle conclu. 

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