Une période particulière

© Le contenu de ce site est protégé par les droits d’auteurs. Merci de citer la source et l'auteure en cas de partage.

« J’étais à ce moment-là sur le point de terminer l’écriture d’un livre en langue arabe dans lequel j’analysais la question du blocage de la raison dans la pensée musulmane que les innombrables contradictions caractérisant le discours religieux m’avaient amenée à aborder. J’étais interpellée par le fait que les musulmans ne manifestaient pas la moindre gêne vis-à-vis de ces incohérences comme si leur faculté de discernement et de raisonnement était bloquée.[…]

C’était une période particulière dans l’histoire de l’Algérie, car, si nous étions contents que l’Armée ait réussi à vaincre le terrorisme, nous avions très vite réalisé que le fondamentalisme avait gagné la société en profondeur et que le fanatisme galopait.[…]

Le discours des islamistes me paraissait insensé et leurs arguments totalement absurdes. Cependant, ceux qui étaient pris dans leurs filets étaient imperméables à tout autre propos hormis celui de la religion. Parler philosophie ou science était, pour eux, hérésie et ignorance. Les plus gentils nous prenaient de haut. Il fallait être capable de leur répondre avec leur langage, celui de la religion, le seul qui pouvait les mettre en difficulté.[…]

Lorsque la France a été frappée en 2015 par un ensemble d’attentats et notamment celui contre Charlie Hebdo, j’ai été sous le choc, sidérée par l’ampleur de la violence, et j’ai réalisé à quel point le pays était rattrapé par le fléau de l’islamisme et du salafisme.[…]

Les différents experts qui se relayaient sur les chaînes de télévision et les ondes de radio pour expliquer aux Français que les fondamentalistes et les terroristes n’étaient que des victimes du problème d’intégration me révoltaient.[…] Je me suis exprimée dans un ouvrage Islam : quel problème ? Les défis de la réforme pour expliquer les facteurs liés à l’islam : son histoire et la manière de le penser et de le concevoir qui font que cette religion pose problème aujourd’hui.

Mon premier article dans la presse française a été publié le 19 janvier 2015, quelques jours après les attentats meurtriers contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Il a été suivi de beaucoup d’autres. L’actualité française était rythmée par des questions liées à l’islam, notamment celle la laïcité, de la violence, de la liberté de conscience et d’expression et du port du voile.

Je n’ai pas cessé d’examiner dans mon esprit l’idée de la réforme de l’islam. J’ai écouté ceux qui disaient que la religion musulmane n’était pas réformable ou qu’une telle idée était une utopie et qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de tourner la page.[…]

L’acharnement des fondamentalistes et la ténacité des musulmans sont tels qu’ils font tout pour imposer leur vision de l’islam et empêcher toute sortie de l’individu des rangs de la communauté. J’écris cela en pensant fortement à mon élève qui m’avait confié en 2004 qu’il était persécuté par toute sa famille parce qu’il doutait de l’existence de Dieu.

Un autre élément à prendre en considération est le lien affectif qui existe entre les musulmans et leur religion qui fait qu’ils n’imaginent pas leur existence sans appartenir à l’islam. Ne pas leur proposer une autre façon d’être musulman qui soit cohérente avec leur époque et la modernité revient à affirmer que seule la version fondamentaliste et islamiste est recevable et les livrer ainsi au conservatisme et à l’obscurantisme. Comment peut-on envisager dans ce cas l’avenir de l’humanité vu le nombre très important de musulmans dans le monde ? Comment penser le futur alors que l’islam tel qu’il est conçu et pratiqué s’oppose à la liberté et l’égalité et qu’il ne peut exister qu’en les détruisant ? Les islamistes ont fait échouer le projet de modernisation des sociétés musulmanes, sans la réforme de l’islam c’est l’humanité qu’ils ramèneront des siècles en arrière. » Razika Adnani


Extraits de Pour ne pas_céder, textes et pensée, UPblisher, France, février 2021

© Le contenu de ce site est protégé par les droits d’auteurs. Merci de citer la source et l'auteure en cas de partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *