Quelle place pour la liberté de conscience en islam ?

Publié dans Ouest France

La liberté de conscience est un droit fondamental de la personne humaine. Elle est aussi au cœur de la laïcité. Qu’en est-il en islam ? Razika Adnani, philosophe et islamologue, nous éclaire sur la question. Ouest France

La liberté de conscience est reconnue comme un droit de la personne humaine. Si en France elle est depuis 1881 garantie par la loi, elle se heurte aujourd’hui à des musulmans qui rejettent le droit à l’apostasie et au blasphème au nom de la charia.

Dans la culture musulmane, le principe de liberté, tel qu’il a été conçu dans la philosophie occidentale, est totalement absent. C’est l’obéissance qui est exaltée à la place de la liberté qui est assimilée à la désobéissance, à la débauche et à la mécréance. Aujourd’hui encore, avec la prédominance du traditionalisme, seul le sens primaire de la liberté signifiant « faire ce que l’on veut » est connu ; il est utilisé pour justifier le rejet de la liberté.

La liberté humaine et la volonté divine absolue

La liberté de conscience n’a été pas posée dans la pensée musulmane en tant que droit juridique et politique, mais dans son rapport à la volonté divine. Pour les déterministes, la volonté divine est absolue et englobe tout y compris l’être humain et ses actes. Même les rires et les pleurs, selon Ibn Hanbal (780-855), sont dictés par Dieu. Une position qui contredit, selon les muatazilites (VIIIe-Xe siècles), l’idée du jour du jugement dernier et celle de la justice divine. Pour eux, l’être humain est libre dans le choix de ses actes parce qu’il est responsable de ses actes devant Dieu et parce que Dieu est juste.

La victoire des déterministes vers la fin du XIIe siècle a consolidé leur position : l’être humain n’est pas libre dans le choix de ses actes ni de croire ou de ne pas croire, mais en cas de désobéissance ou d’absence de croyance, il subira le châtiment de Dieu et celui de la société. C’est cette position incohérente que les juristes ont retenue en s’appuyant sur des versets valorisant l’obéissance tel le verset 59 de la sourate 4, Les Femmes : « Ô vous qui croyez ! Obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux qui détiennent le commandement ».

Pourtant, beaucoup mentionnent d’autres versets dès lors que la liberté religieuse est évoquée. Ainsi, le verset 256 de la sourate 2, La Vache : « Nulle contrainte en matière de religion » et le verset 29 de la sourate 18, la Caverne : « Celui qui veut être croyant, qu’il le soit et celui qui veut être incroyant qu’il le soit ». Bien que ce soient des textes qui précisent que Dieu réserve aux croyants une récompense et aux non-croyants un châtiment, ils sont présentés comme preuve de l’existence d’une liberté de conscience en islam.

La liberté de conscience uniquement pour les non-musulmans

Cependant pour les responsables religieux, la liberté de conscience ne concerne que les non-musulmans. Quant aux versets qui l’évoquent, et qui remontent à la première période de l’islam, celle de la Mecque, ils sont abrogés. Les non-musulmans ont le droit de choisir d’adhérer ou de ne pas adhérer à l’islam, mais pas celui de le critiquer afin de ne pas lui nuire. Pour la même raison, certains affirment qu’être athée est permis à condition de ne pas l’exprimer.

Ainsi, alors que l’Occident construit l’individu et la société autour de la liberté comme fondement de la dignité humaine, les musulmans ont bâti une morale et un système juridique qui s’y opposent. Ils ont rédigé en 1981 la Déclaration des droits de l’homme en islam, non reconnue par l’ONU mais adoptée au Caire en 1990, afin de marquer le fait qu’ils ne reconnaissaient pas au nom de la charia certains droits dont fait partie la liberté de conscience.

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