Maghreb : le problème identitaire et ses répercussions – Dans le cadre des rencontre d’Euromed IHEDN

Razika Adnani a été invitée par Euromed IHEDN pour donner cette conférence dans le cadre des rencontres que l’association organise

La relation complexe que les populations maghrébines entretiennent avec les éléments constitutifs de leur identité en dit beaucoup sur les difficultés du Maghreb à se construire et sur la violence qui mine ces sociétés. En quoi consiste ce problème identitaire soulevé déjà au XIVe siècle par l’historien et sociologue Ibn Khaldûn ? Quelles sont les causes de son émergence ? Si d’autres facteurs ne sont pas à négliger, qu’en est-il du rôle de l’islam ?

Extrait de la conférence 

Le terme Maghreb vient de l’arabe « maghreb » qui signifie le couchant. Il représente l’ouest du monde musulman ou une zone géographique située au nord de l’Afrique et au sud-ouest de la Méditerranée. Il englobe la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Quant au grand Maghreb, il inclut, en plus de ces trois pays, la Libye et la Mauritanie.  `

À Marseille, à 19h, Hôtel de Région

Selon les historiens, le premier peuple connu qui a occupé le Maghreb sont les Berbères, ou les Amazighs ou encore Imazighenes. D’autres peuples sont venus s’installer dans certaines régions du Maghreb et se sont mêlés à ce peuple autochtone, tels que les Phéniciens, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs, les Français, les Italiens et les Espagnols. Cependant, les études montrent que les Berbères représentent durant toute l’histoire de cette région la composante dominante de la population. 

Sur le plan religieux, avant l’islam, les Berbères étaient païens, juifs et chrétiens. L’islam est arrivé au Maghreb au VIIe siècle.  Au départ, pour défendre leur terre, les Berbères ont résisté aux Arabes puis ont fini par embrasser la nouvelle religion. L’islamisation du Maghreb s’est faite sur plusieurs siècles, deux selon l’historien Gabriel Camps. Elle a été accompagnée d’une arabisation, encouragée par la majorité des souverains berbères. Elle a concerné généralement les grandes villes alors que les zones rurales sont restées davantage berbérophones, même si la langue berbère ou tamazight s’est beaucoup imprégnée de la langue arabe en tant que langue du Coran et de la civilisation de l’époque, c’est-à-dire du Moyen Âge. La langue arabe, parlée au Maghreb, qui est née sur le territoire maghrébin, a elle aussi conservé plusieurs mots berbères en son sein. Plus tard, avec l’arrivée des Français, les deux langues, l’arabe maghrébin et le berbère, ont également emprunté beaucoup de mots à la langue française. L’arabisation accélérée après l’indépendance de ces pays avec l’arabisation de l’école, la montée du fondamentalisme et de l’islamisme et l’ouverture médiatique sur les pays du Moyen-Orient a fait que les termes d’origine française sont de plus en plus remplacés par des mots arabes. 

Ces quelques critères qualificatifs du Maghreb permettent de reconnaître cette zone sur une carte géographique, de la distinguer sur le plan culturel et ethnique parmi d’autres territoires et de l’identifier.  Autrement dit, ce sont des éléments qui représentent l’identité ou une partie de l’identité du Maghreb. L’identité est donc un ensemble de critères ou de marqueurs permettant de distinguer une chose, une personne ou un groupe de personnes parmi d’autres. Concernant la personne, la date et le lieu de sa naissance, son nom et son prénom, les noms de ses parents et de ses grands-parents sont des composants constants de son identité personnelle. Ils sont complétés par d’autres, moins constants, tels que la religion, la langue et la nationalité et d’autres moins constants encore tels que la fonction que la personne exerce ou sa situation familiale.

L’identité ne permet pas seulement aux autres d’identifier la personne, elle permet aussi à celle-ci de s’identifier autrement dit, de prendre conscience d’elle-même. L’identité est un élément très important dans la conscience de ce que nous sommes.  “Elle est l’empreinte existentielle qui permet de répondre à la question : qui suis-je ?”  Les personnes, par exemple,  qui ne connaissent pas qui sont leurs parents racontent souvent qu’elles ne savent pas qui elles sont. Les amnésiques déclarent également ne pas savoir qui ils sont. 

Ainsi, l’histoire d’un individu : ce qu’il a vécu dans le passé, la vie de ses parents et de ses grands-parents, celle de la grande famille à laquelle il appartient, est une partie intégrante de son être, de ce qu’il est, autrement dit de son identité. De ce fait une personne qui rejette ou dénigre son histoire, qui ne reconnaît pas ses parents ou qui déteste le nom de sa famille a un problème avec l’image qu’elle a d’elle-même, avec ce qu’elle est, autrement dit avec son identité, et c’est la même chose pour un peuple

Razika Adnani

À Paris, amphi Louis de l’École Militaire

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Razika adnani
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