L’islamisme et les erreurs de la thèse sociologique

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Extrait de Islam : quel problème ? Les défis de la réforme de Razika Adnani éditions UPblisher , France, et Afrique Orient, Maroc.

« Si chaque époque de l’histoire se caractérise par un fait bien particulier, sans doute celui qui marque ce début de XXIe siècle est le fait islamique. Le terrorisme djihadiste qui frappe un peu partout dans le monde, au nom de l’islam, donne un retentissement international aux questions que pose et que se pose cette religion. Le fondamentalisme islamique ou le salafisme dont se nourrit le djihadisme, qui se répand aussi bien en Occident que dans le monde musulman, suscite des inquiétudes toujours plus pressantes. En Occident et notamment en France, pour expliquer la montée du salafisme et du radicalisme islamique, la plupart des études pointent les difficultés sociales, politiques et économiques. Selon ces théories, ces difficultés ne favoriseraient pas l’intégration des Français d’origine étrangère. Concernant les musulmans, cette situation les conduirait à se réfugier dans le salafisme et le radicalisme.

Cette explication se heurte à la réalité : la majorité des personnes touchées par ce phénomène vivent dans les pays musulmans où l’individu vit dans son milieu culturel et historique et n’est pas confronté au problème de l’intégration. Les problèmes socio-économiques des premières générations d’émigrés musulmans ne les ont pas empêchés de ressentir le désir de s’intégrer ou de manifester leur volonté de le faire. 

Cette thèse est incapable d’apporter des réponses permettant de comprendre d’une manière fiable le radicalisme et le salafisme qui s’étendent en Europe, car elle restreint l’étude à la France ou tout au plus à l’Europe et explique par des éléments spécifiques à cette dernière un phénomène qui ne l’est pas. Le radicalisme et le salafisme qui gagnent les musulmans en Occident ne sont que le prolongement du même phénomène qui frappe les pays musulmans depuis des décennies déjà. Il s’agit d’un phénomène global mû par les mêmes causes et les mêmes objectifs et c’est ainsi qu’il faut le regarder afin d’éviter toute explication partielle ou erronée.

Toute étude restreignant le champ de recherche à un seul territoire en négligeant les autres ne peut répondre aux questions posées d’une manière crédible. C’est même une grave erreur de séparer et de différencier ce qui se passe en Europe ou en Occident dans le domaine du salafisme et du radicalisme, de ce qui se passe dans le reste du monde musulman ; et pas seulement arabo-musulman. Cette expression qui revient souvent dans les discours dès lors qu’il faut parler de l’islam, et qui révèle une autre forme de restriction.

Le radicalisme et le salafiste qui montent en Europe sont davantage une cause de la problématique de l’intégration qu’une conséquence. C’est la vague salafiste-radicaliste qui après avoir gagné les pays à majorité musulmane, en traversant la Méditerranée et en s’installant en Europe, a engendré le problème de l’intégration des musulmans dans cette région du monde. Sa stratégie consiste à les culpabiliser en leur faisant croire qu’ils vivent dans des pays qui ne leur permettent ni d’être de bons musulmans ni de pratiquer pleinement leur islam.

Ce discours présentant l’intégration comme synonyme de trahison et d’impiété les empêche de s’intégrer dès lors qu’ils veulent être pratiquants. Ils se replient alors dans leur communauté et rejettent la société à laquelle ils appartiennent. Toutefois, le fondamentalisme islamique qui crée le problème de l’intégration, l’utilise, en même temps pour se renforcer. Il fait l’éloge de la différence identitaire et conforte cette absence d’intégration en persuadant la personne que c’est elle qui rejette la société occidentale dépravée et impie. Ainsi, plus l’individu refuse de s’intégrer dans la société, plus il est une garantie pour la cause salafiste radicaliste.

La situation sociale et économique difficile n’est pas non plus la cause de l’émergence du radicalisme islamique et du salafisme comme doctrine la plus suivie dans le monde musulman. La preuve en est que ce phénomène ne concerne pas seulement les personnes dont la situation sociale et économique est difficile. Les pays musulmans pétroliers non seulement ne sont pas épargnés par ce phénomène, mais en sont mêmes les pourvoyeurs. »

Extrait de Islam : quel problème ? Les défis de la réforme de Razika Adnani édition Upblisher, France, et Afrique Orient, Maroc.

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1 Commentaire(s)

  1. Bouda Karim dit :

    Bonjour Madame Adnani. Les théologies dispensées de façon ultra-majoritaires dans le monde musulman sunnite et aussi chiite, surtout depuis l’émergence et l’influence grandissante de la Révolution Iranienne, contiennent-elles les « germes » de l’islamisme ou de l’islam politique ? Ce fût la thèse de Abdelwahab Medeb… Il me semble aussi que Mohammed Arkoun pensait de façon comparable le problème de l’islam, de l’accès aux connaissances et du politique. Ce qui perturbant et assez préoccupant c’est qu’il est difficile de se positionner dans le champs intellectuel et social comme musulman et libre-penseur. J’entends par » libre-penseur  » la possibilité d’exercer sa raison et les outils de la philosophie et des sciences humaines pour interpréter les textes de référence et réorienter sa foi et son éthique.
    J’espère un jour pouvoir échanger et vous rencontrer si vous venez donner une conférence à Nice, Cannes, Toulon, Marseille ou Aix-en-Provence.
    Mes respectueuses salutations.
    Karim Bouda.
    Mobile : 0662193504.

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