Discours inaugural

Prononcé par Razika Adnani lors des
deuxièmes journées de Philosophie d’Alger

Mesdames et Messieurs bonjour,

En 2014, les Journées Internationales de Philosophie d’Alger étaient encore une idée qui germait dans mon esprit alors que je participais au festival européen de philosophie à Saint-Emilion en France. Ce jour-là, je me suis dit : « pourquoi ne pas avoir une manifestation philosophique à Alger qui serait ouverte au grand public et qui associerait le nom de la ville d’Alger à la philosophie ? »
Si ces journées en sont aujourd’hui à leur deuxième édition, c’est grâce à toutes celles et à tous ceux qui ont cru en elles et leur ont apporté leur soutien. Je leur dis à tous, du fond du cœur, merci.
Je remercie plus précisément Monsieur Alexis Andrés, Conseiller de coopération et d’action culturelle à l’Ambassade de France et Directeur de l’Institut Français d’Algérie, pour son aide si précieuse. Je remercie également Monsieur Jean-Jacques Beucler, Directeur de l’Institut Français d’Alger, de nous recevoir dans ce bel endroit, lieu de contact et d’échange culturel entre la France et l’Algérie. Je remercie Les Pages Maghreb, sponsor des Journées Internationales de Philosophie d’Alger, Dominique et Michel Bisac à leur tête. Vous savez combien l’apport financier est important dans ce genre de manifestation.
J’adresse aussi ma reconnaissance aux professeurs qui ont accepté notre invitation pour nous parler du Beau et de l’esthétique dans toutes leurs dimensions et partager leur savoir avec le public ; nous savons combien leur temps est précieux. Je salue nos partenaires qui soutiennent les Journées Internationales de Philosophie d’Alger : le journal Liberté, les magazines L’Ivrescq et la chaine Berbère Télévision.
J’adresse également ma gratitude à tous les journalistes qui sont présents avec nous, et enfin, je vous remercie vous, public, de votre présence car sans vous ces journées n’auraient pas pu avoir lieu.

L’objectif des Journées Internationales de Philosophie d’Alger est de créer un espace consacré à la philosophie et aux débats philosophiques. Nous vivons une époque où l’être humain est interpellé par des questions profondes : celle de la meilleure relation à entretenir avec l’autre notamment en ces temps où les conditions économiques, politiques et climatiques favorisent le déplacement massif des populations et font que nous vivons et vivrons de plus en plus dans des sociétés multiethniques et multiculturelles ; celle de la paix dans un monde où la guerre déchire encore les peuples ; ou encore celle de l’avenir de l’humanité à une époque où la biotechnologie connaît un développement exponentiel, et d’autres sujets qui rendent indispensables les analyses que propose la philosophie. Les Algériens, qui ne sont pas en retrait de ces questionnements, ne font pas exception quant à ce besoin de philosophie et de ses analyses.

Cependant, il est important de rappeler que la philosophie ne repose pas simplement sur des positions que nous adoptons face à des interrogations, elle renvoie également et surtout à une attitude et à un comportement. L’attitude philosophique est un esprit, une façon d’être et le comportement est celui qui la traduit et la reflète. L’attitude philosophique se résume en deux points essentiels : le questionnement qui consiste à interroger ses opinions et ses certitudes et l’argumentation qui consiste, quant à elle, à ne jamais se contenter d’exposer ses positions sans les argumenter, c’est-à-dire sans présenter des éléments de preuve de leur bien fondé, et surtout à utiliser l’argumentation comme seul moyen pour défendre ses idées. En philosophie, seuls le raisonnement et la preuve font la valeur d’une idée. Ces deux principes, le questionnement et l’argumentation, se dressent tels un rempart contre le dogmatisme et l’inertie de la pensée qui se contente de ses acquis et contre l’intolérance et la violence, fléaux de notre époque.
Ainsi, si les Journées Internationales de Philosophie d’Alger ont introduit cette année dans leur programme des ateliers pour enfants et adolescents, l’objectif n’est assurément pas de leur apprendre les grandes théories philosophiques mais de leur inculquer cette attitude philosophique. Croire à l’argumentation, c’est s’empêcher, par principe, d’imposer ses idées par la force, ce qui est indispensable dans toute bonne relation avec l’autre ; autrui ayant été le thème de la première édition des Journées Internationales de Philosophie d’Alger.

Dans cette deuxième édition nous aborderons « le Beau » qui ne relève pas, lui non plus, d’un choix aléatoire. Tout d’abord, le Beau est un thème philosophique et nous sommes dans une rencontre philosophique. En effet, il s’inscrit profondément dans toute l’histoire de la philosophie et précisément dans celle de la philosophie de l’Art. Quasiment tous les philosophes, de la Grèce antique à nos jours, se sont interrogés à son sujet. Platon, Socrate, Thomas d’Aquin, Ibn Sina (Avicenne), Ibn El Haythem, Hume, Kant, Hegel et Hannah Arendt pour ne citer que ceux-là. Ensuite, l’Art, domaine du Beau, même si l’art moderne veut s’en détacher, fait partie intégrante de l’existence humaine. Toutes les civilisations ont trouvé dans l’art un moyen d’expression. L’art touche à plusieurs domaines : à l’architecture, à la peinture, à la sculpture, à la musique et à la poésie et le sens esthétique détermine la relation que les individus entretiennent avec leur milieu et leur univers. C’est pour cela que s’intéresser à la question du Beau, c’est s’intéresser directement à l’être humain. Et enfin, notre réalité, celle de notre pays, nous oblige aujourd’hui à penser le Beau : pourquoi nous fait-il terriblement défaut ? Pourquoi la laideur l’emporte-elle sur la dimension esthétique des objets qui nous entourent ? Quelle place accordons-nous au Beau dans notre vie ?

Sur ces considérations, je donne la parole aux professeurs qui aborderont chacun cette question du beau sous des angles différents bien que complémentaires, afin de comprendre les interrogations que suscite le beau. Je vous invite, vous public, à poser vos questions qui enrichiront le débat et l’échange.

Merci. Bonne écoute et bon débat.

Razika Adnani
Présidente fondatrice des Journées
Internationales de Philosophie d’Alger