LE RELATIVISME L’autre face du principe de l’unicité

Par Razika Adnani
Article publié par le quotidien algérien Liberté
Au fil du ramadhan, le 8 août 2011

En science et en philosophie, le relativisme est le principe qui fait que toute connaissance humaine porte en elle un degré nécessaire de doute qui laisse les portes de la recherche ouvertes. Il ne nie pas la vérité, mais rejette la certitude absolue des dogmatiques qui ferment les portes à la recherche. Les jugements qui satisfont les conditions de la recherche scientifique sont jugés vrais, sans empêcher toutefois la pensée de les revoir si elle en ressent le besoin. Peut-on parler de relativisme en Islam?
L’islam, troisième religion monothéiste, est fondé sur trois principes dogmatiques fondamentaux: la foi en l’existence d’un Dieu unique et parfait, la foi en la prophétie de Mohamed, son dernier messager, et la foi en la sacralité du Coran, sa parole révélée. Si l’un fait défaut, l’islam ne peut exister en tant que tel et la personne ne peut prétendre être musulmane. La foi en Dieu consiste à croire en Son existence et Son unicité: Il a créé le monde dont il est maître sans avoir Lui-même été créé. Il est unique dans sa magnificence et Sa grandeur et aucune de Ses créatures ne partage avec lui Ses attributs. Dans le Coran, il est dit que Dieu a honoré l’être humain de qualités proches des siennes. Certes, I’humain peut voir, entendre, aimer et savoir, mais ce sont des qualités imparfaites et incomplètes car seul Dieu est parfait et absolu et seuls Ses actes sont parfaits et absolus même si certaines personnes parviennent à atteindre des degrés très élevés du savoir notamment en matière de sciences religieuses. Ils arrivent à bien pratiquer l’exégèse et, jouissant d’une grande capacité de déduction, ils parviennent à rendre des jugements à partir des textes coraniques. Ce sont les savants enracinés dans la science dont le Coran parle. Ils restent des humains et la foi en l’unicité de Dieu empêche de leur attribuer le savoir parfait et la connaissance complète et absolue. “Certes, Dieu ne pardonne pas qu’on Lui donne un semblable. À part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Dieu un semblable commet un énorme péché.” (Sourate les femmes, verset 48).
La connaissance et le savoir de l’humain ne peuvent être que relatifs. Par conséquent, la relativité de la connaissance humaine du monde du divin n’est que l’autre face du principe de l’unicité divine. Le relativisme en religion veut dire qu’il y a un doute intrinsèque à la connaissance humaine de la connaissance divine, permettant ainsi de séparer l’humain du divin. Il permet à celui qui croit au monde absolu de Dieu de ne jamais dire: “Ca y est, j’y suis”, car l’être humain n’atteint jamais l’absolu. Ainsi, il garantit que l’humain ne s’attribue pas les qualificatifs de Dieu et l’empêche en même temps d’attribuer à Dieu des jugements qui ne sont peut-être pas les siens. Celui qui aime Dieu aura toujours cette peur de ne pas lui reconnaître tous ses mérites et celui qui croit en l’absoluité du savoir divin et en l’immensité de la parole divine aura toujours ce sentiment que certaines choses lui échappent. Alors, il cherchera constamment autour de lui et dans les textes pour savoir plus et se corriger en cas d’erreur. Celui qui croit en Dieu et en Son unicité, ne se lasse jamais de chercher à le connaître. Il doute de lui-même, de ses capacités et de son intelligence mais il croit en Dieu et il aspire à la vérité. C’est ce doute, aussi minime soit-il, qui l’empêche de s’attribuer les qualificatifs de Dieu et de se contredire avec sa foi.
Cependant, le relativisme religieux ne concerne pas les principes fondamentaux de l’Islam, ni le savoir du divin, ni ses actes, ni ses paroles. Il en est même la conséquence. Il ne nie pas plus la vérité religieuse que la capacité de l’intelligence humaine à comprendre le message coranique. Bien au contraire, il lui permet la quête éternelle de la connaissance. Creuser encore et encore le mystère de Dieu et de son monde pour une connaissance plus profonde et plus proche de la sienne. Le relativisme, c’est la simplicité et l’humilité de l’humain devant Dieu et devant ses semblables. C’est donc dans le souci de respecter le principe de la relativité de la connaissance humaine du divin et ne jamais risquer de heurter le principe de l’unicité que les savants musulmans tiennent souvent à terminer leurs discours religieux par: “Et seul Dieu Sait”. Ils sont conscients du sens du serment de la “chahada”, qu’ils ont prêté, et de son importance. Ils sont conscients de la gravité d’associer à Dieu un être humain qu’il a lui-même créé, et de fait, ils craignent sa colère. “Parmi ses serviteurs, seuls les savants craignent Dieu.” (sourate Le Créateur, verset 28). C’est pour cela qu’ils insistent sur le fait que le dernier mot revient à Dieu ; quant à eux, ils ne font qu’essayer de savoir mais cette phrase n’a souvent aucune résonance hormis celle de la beauté du verbe.
En conclusion, les musulmans ne devraient-ils pas être, dans ce cas, l’exemple de la tolérance et de l’écoute de l’autre, cet autre soi-même ayant une autre manière d’aborder les textes, de les comprendre et d’en déduire d’autres lois juridiques ? Pourquoi considérer les connaissances des textes comme des vérités absolues et traiter l’autre de mécréant car il ou elle voit autre chose et comprend autre chose que ce que voient et comprend le reste des musulmans ? Pourquoi refuser le dialogue et la discussion ?

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