Chaïma : la culture humaniste fait défaut à notre système moral

Publié par le journal Liberté

Chaïma a été assassinée et son meurtre a choqué l’Algérie tout entière, mais malheureusement un grand nombre d’Algériens ont voulu justifier son assassinat comme ils l’ont fait avec d’autres femmes tuées ainsi qu’avec beaucoup d’actes de violence perpétrés au quotidien dans la société algérienne. Leur inhumanité devant le meurtre d’une personne humaine est révoltante et surtout très inquiétante quand on sait que ce phénomène touche toutes les couches de la société. Même ceux qui se disent meurtris par le crime cherchent à trouver ce qui peut rendre la victime responsable de son propre assassinat. 

Leur inhumanité devant le meurtre d’une personne humaine est révoltante et inquiétante

Celui qui tue volontairement est reconnu dans toutes les sociétés comme étant un assassin. Cependant, comment qualifier celui qui justifie le meurtre ou l’assassinat ? Quel statut doit-on lui donner ? En disant au meurtrier « ce n’est pas de ta faute, c’est la victime qui l’ a cherché », ou « tu as raison de l’avoir tuée, car elle le méritait », n’est-il pas plus coupable que l’assassin lui-même ? Si l’assassin a tué une personne, celui qui justifie le meurtre est le complice de l’assassinat de toutes les personnes. 

Si l’assassin a tué une personne, celui qui justifie le meurtre est le complice de l’assassinat de toutes les personnes. 

La vie d’un être humain est sacrée non pas parce que la personne se comporte bien ou mal, qu’elle est riche ou pauvre ou qu’elle est femme ou homme, mais parce qu’elle est tout simplement une personne humaine. La culture humaniste fait défaut à notre système moral et c’est ce défaut qui fait que certains cherchent par tous les moyens à justifier la violence et le meurtre. 

Les Algériens ont bâti une morale qui veut tout donner à Dieu sans rien laisser à l’humain.  Ils y trouvent tout ce qui permet à leurs sentiments les plus monstrueux de s’exprimer et embellissent les actes les plus barbares.

L’Algérie n’a pas inculqué à ses enfants la morale humaniste. Elle a en revanche laissé se propager un discours qui fait croire que certaines personnes méritent d’être agressées et tuées parce qu’elles ne sont pas conformes à certaines normes morales, sociales ou vestimentaires. Les Algériens ont bâti une morale qui veut tout donner à Dieu sans rien laisser à l’humain.  Ils y trouvent tout ce qui permet à leurs sentiments les plus monstrueux de s’exprimer et embellissent les actes les plus barbares.

L’Algérie n’a pas inculqué à ses enfants la morale humaniste. Elle a en revanche laissé se propager un discours qui fait croire que certaines personnes méritent d’être agressées et tuées parce qu’elles ne sont pas conformes à certaines normes morales, sociales ou vestimentaires.

Ainsi, le meurtre atroce de Chaïma est pour eux une occasion pour ressasser sans réfléchir que le voile protège la femme et prétendre que si Chaïma était voilée elle n’aurait pas été violée et tuée. D’une part, ils ont la mémoire courte, car beaucoup de femmes voilées sont également violentées et tuées. D’autre part, selon cette idée, ce n’est pas la femme qui doit être respectée, mais le voile, ce n’est pas l’être humain, mais le morceau de tissu de sorte que lorsque celui-ci n’est plus là, l’être humain ne vaut plus rien.  

À lire : Les assassins de Yasmine voulaient la violer, elle était pourtant voilée

Il est urgent pour l’Algérie de promouvoir une culture humaniste qui apprenne aux enfants mais aussi aux adultes que la vie et la dignité de l’autre sont inviolables pour la simple raison qu’il est une personne humaine. Pour le philosophe allemand Emmanuel Kant, la morale consiste à toujours traiter l’humanité comme une fin et jamais simplement comme un moyen. Autrement dit, on ne respecte pas une personne, sa vie, sa liberté pour lui demander un service ou satisfaire un désir individuel ou collectif, mais parce que c’est notre devoir de le faire.

Il est urgent pour l’Algérie de promouvoir une culture humaniste qui apprenne aux enfants mais aussi aux adultes que la vie et la dignité de l’autre sont inviolables pour la simple raison qu’il est une personne humaine.

Razika Adnani


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