Réformer et non adapter

Dans l’introduction de son ouvrage De la jurisprudence des minorités musulmanes, publié en 2001, Youcef al-Qaradaoui, représentant des Frères musulmans, explique que son ouvrage est né d’une demande de la part de la Ligue islamique mondiale, fondée par l’Arabie saoudite en 1962 et basée à La Mecque, qui voulait légiférer pour les musulmans en situation de minorité notamment en Occident.
La jurisprudence (fiqh en arabe) des minorités ne s’adressant qu’aux musulmans en situation de minorité signifie que les problèmes que rencontrent les musulmans en Occident ne concernent pas l’islam, mais sont seulement dûs aux difficultés de ces musulmans de pratiquer leur religion dans des cultures non-musulmanes. Son objectif est d’adapter les règles du fiqh La réforme de l’islam 301
pour permettre à ces musulmans d’Occident de pratiquer leur religion sans changer quoi que ce soit aux règles de la charia étant donné que le Droit musulman distingue entre charia et fiqh. Il considère que la charia ce sont des règles divines générales et immuables alors que le fiqh ce sont des règles secondaires concernant les modalités de la pratique de la charia. Elles peuvent de ce fait changer d’une société à une autre selon la compréhension des règles générales de la charia et selon les cultures des jurisconsultes contrairement à celles de la charia.
La jurisprudence des minorités musulmanes est une solution de contexte, celui des musulmans qui sont en situation de minorité, qui s’annule d’elle-même lorsque la minorité n’en est plus une. Elle ne concerne pas l’islam, mais la pratique de certaines règles secondaires de l’islam pour une situation sociale et politique particulière en dehors des terres d’islam. Elle a trouvé beaucoup d’écho chez les responsables religieux en Occident. En France deux mosquées revendiquent la jurisprudence des minorités comme solution : la mosquée de Bordeaux et celle de Paris. Cette dernière préfère utiliser l’expression « l’adaptation du discours religieux au contexte français » dont le sens est le même que jurisprudence des minorités même si l’expression paraît plus élégante. Un exemple de l’application de cette jurisprudence des minorités est donné par les élèves voilées qui enlèvent le foulard devant la porte de l’établissement scolaire pour le remettre en quittant l’établissement. Autrement dit, ces filles se soumettent à la charia des religieux qui leur imposent le port du voile, mais adaptent sa pratique à loi républicaine qui interdit le voile à l’école.
Razika Adnani, Sortir de l’islamisme, Erick Bonnier, décembre 2024.


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