Razika Adnani : «Réformer l’islam par la raison et la connaissance pour le libérer de l’emprise du politique»



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Par Saliha Fayez

L’islamologue Razika Adnani a reçu le prix Sciences et Laïcité, décerné par le Comité Laïcité République (CLR), pour son ouvrage Sortir de l’islamisme publié en 2024, ainsi que pour l’ensemble de son travail de recherche consacré à l’islam et à la pensée musulmane. Cette distinction vient saluer un parcours intellectuel courageux, marqué par une exigence constante de rigueur, de liberté de pensée et de fidélité aux valeurs de l’humanisme.

Dans son discours, la lauréate rappelle que son engagement intellectuel est né dans un contexte de violence extrême, celui de l’Algérie des années 1990, frappée de plein fouet par l’islam politique le plus radical, patriarcal et meurtrier. Enseignante à l’époque, elle se trouve confrontée à un discours religieux omniprésent, y compris dans le cadre scolaire. Face à ses élèves, elle ressent la nécessité de comprendre en profondeur les fondements théologiques de ce discours afin de pouvoir y répondre, sans renoncer ni à sa raison ni à l’esprit critique qu’elle s’efforçait de transmettre.

Refusant d’accepter comme des vérités absolues les interprétations religieuses dominantes, Razika Adnani entreprend un travail de recherche de longue haleine. Elle ne se limite pas à l’étude de l’islamisme contemporain, mais remonte à l’avènement de l’islam au VIIe siècle et à la construction de la pensée musulmane : exégèse coranique, hadiths, droit musulman et théologie du kalam. Ce travail met en lumière une réalité essentielle : à partir d’un même Coran, les musulmans ont élaboré plusieurs islams. L’islam n’est donc ni monolithique ni figé.

De cette pluralité historique découle une conclusion centrale de son œuvre : l’islam patriarcal, archaïque ou violent n’est pas une fatalité. Rien, sur le plan religieux, n’interdit aux musulmans de construire un islam compatible avec leur époque et avec les valeurs universelles. Aucun texte, insiste-t-elle, ne peut contraindre un être humain à renoncer à sa liberté morale, à inférioriser la femme ou à tuer s’il ne le veut pas.

Razika Adnani souligne toutefois les échecs successifs des tentatives de réforme de l’islam au XXe siècle, étouffées par les conservatismes et par des obstacles théologiques et épistémologiques. En France, elle constate avec tristesse la disparition quasi totale des voix musulmanes qui portaient le projet d’un islam des Lumières. Selon elle, cette impasse est aggravée par une conception erronée de l’islamisme, réduit à un phénomène extérieur à l’islam et né au XXe siècle. Une telle approche empêche tout regard critique interne et devient, paradoxalement, l’alliée du fondamentalisme.

Pour Razika Adnani, aucune lutte durable contre l’islam politique ne peut se faire sans un travail de réforme mené de l’intérieur de l’islam, armé par la connaissance. Elle rappelle enfin que l’objectif ultime de cette réforme doit être la séparation du religieux et du politique. La laïcité n’est pas le refus de la religion, mais la garantie qu’elle n’interfère pas dans la gestion de la cité, permettant ainsi à la foi de retrouver sa vocation première, celle de la relation intime entre le croyant et le divin.

S. F.

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