Khomeiny, l’homme qui se prenait pour un Dieu



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Lettre ouverte à Monsieur Piolle
Lettre ouverte à Monsieur Piolle



Pour comprendre la République islamique d’Iran, il faut remonter à la pensée de son fondateur, l’ayatollah Rouhollah Khomeyni (1902-1989), explique la philosophe et l’islamologue Razika Adnani
(Marianne)

Dans un entretien accordé au Figaro, l’anthropologue Emmanuel Todd affirme que « l’Iran est un pays qui a fait une révolution qui a un tempérament assez pluraliste, mais dont la trajectoire est sans cesse déviée vers l’autoritarisme par les agressions américaines et occidentales ». Cette analyse est en totale contradiction avec l’histoire de la République islamique d’Iran et par la pensée d’Ayatollah Khomeiny qui a engendré la doctrine politico-religieuse de l’État iranien. Doctrine qu’il a exposée dans trois ouvrages majeurs rédigés dans les années 1960, c’est-à-dire bien avant son accession au pouvoir en 1979 et bien avant les crises politiques entre l’Iran et les États-Unis.

En 1979, Jean-Marie Xavière a publié un recueil intitulé « Le livre vert d’Ayatollah Khomeiny » dans lequel il avait assemblé des extraits de ces trois livres qu’il a traduits en français. La lecture de cet recueil nous permet de réaliser l’extrême autoritarisme,  l’extrême intégrisme et l’obscurantisme le plus archaïque de Khomeiny.

Le gouvernement islamique

Parmi ces extraits, celui dans lequel il affirme que « Le gouvernement islamique est le gouvernement de droit divin, et ses lois ne peuvent être ni changées, ni modifiées, ni contestées ». Comme tous les intégristes musulmans, sunnites et chiites confondus, Khomeiny croyait que les règles islamiques qu’il allait imposer aux Iraniens étaient une copie conforme de celles qui existent auprès de Dieu et que le contredire revenaient, de ce fait, à contredire Dieu lui-même. Il n’y a pas plus autoritaire et plus violent que celui qui se croit détenir le savoir divin ou qui se met au même niveau que Dieu. Sur le plan religieux, étant donné que Khomeiny parle au nom de la religion, ces propos sont en contradiction avec le principe de l’unicité sur lequel est fondé l’islam qui affirme qu’il n’y a qu’un seul Dieu et qu’aucun être humain ne peut partager avec lui ses attributs. Selon les théologiens, son savoir et sa perfection font partie de ses attributs.

Le pouvoir législatif

Pour imposer sa dictature théocratique, Khomeiny affirme que : « Le pouvoir législatif est exclusivement détenu par le saint prophète de l’islam et personne hormis lui ne peut promouvoir une loi ; toute loi qui n’émane pas de lui est à rejeter. Non seulement il est difficile de voir un quelconque pluralisme dans ces propos, mais ils sont aussi un pur mensonge. Le pouvoir législatif n’est tenu par le prophète dans aucun pays musulman pour la simple raison qu’il est mort il y a des siècles. Par ailleurs,  le prophète non seulement n’a pas écrit un seul mot, mais les hadiths qu’on lui a attribués ont été triés et rassemblés dans des recueils environ 150 ans après sa mort. Si toute loi qui n’émane pas de lui est à rejeter, l’Iran doit rejeter la très grande majorité de ses lois, car ni les recommandations du Coran ni les paroles du prophète ne peuvent suffire pour administrer une société et davantage les sociétés d’aujourd’hui. Les musulmans se sont retrouvés, dès la mort du prophète devant de nouvelles situations dont le Coran ne parlait pas et dont le prophète n’avait jamais abordé et il fallait qu’ils légifèrent, ce qu’ils ont fait. Cela a suscité la première question de la pensée musulmane, celle de la pensée et de la révélation comme source de connaissance.

Le port du voile

Au sujet du port du voile, Khomeiny a écrit : « Nous (le clergé) affirmons avec force que le comportement honteux qui consiste à refuser le port du voile est contre la loi de Dieu et du Prophète et est une atteinte matérielle et morale pour le pays entier ». Pourtant les versets coraniques évoquant une manière de s’habiller pour la femme ne disent pas que la femme doit couvrir sa chevelure. Les femmes qui refusent de porter le voile, c’est-à-dire qui ne couvrent pas leur chevelure, ne sont pas « contre la loi de Dieu », mais contre les décisions des religieux qui sont toujours des hommes. Ce sont eux qui ont décidé que la femme devait couvrir sa chevelure. Le problème c’est qu’ils pensent que leurs interprétations des textes coraniques ou leurs commentaires sont équivalents aux textes coraniques comme si leurs paroles et celles de Dieu ( le Coran) étaient identiques. Une équivalence, ils l’a justifient par la méthode du naql, qui signifie prendre et transférer, qu’ils utilisent pour affirmer que leur interprétation du Coran est le Coran lui-même, car ils n’ont fait que prendre le sens du verset du Coran et le transférer dans le commentaire. Or, en plus d’être inacceptable sur le plan religieux où le Coran est considéré comme la parole de Dieu, sur le plan herméneutique le naql est une illusion.

La mixité

« Les jeunes filles et garçons qui fréquentent des classes mixtes dans les écoles, lycées, universités et autres établissements d’enseignement, et qui pour légaliser cette situation veulent recourir au mariage temporaire, peuvent le faire sans la permission du père. »Ce sont les propos hallucinants de Khomeiny qui veut que dans les écoles, les lycées et les universités les filles et les garçons se marient « temporairement » pour pouvoir étudier ensemble sans même que leurs parents soient au courant. Le mariage temporaire n’est en réalité qu’une prostitution légalisée, car l’homme donne à la femme une somme d’argent pour entretenir avec elle cette relation temporaire qui a comme seule finalité la relation sexuelle. Khomeiny considère que découvrir les cheveux des femmes est une atteinte morale et matérielle au pays, mais préconise en même temps la prostitution dans les lycées et universités et même dans les écoles. Le régime exécute des jeunes qu’il accuse d’avoir semé le désordre sur terre, mais vénère Khomeiny qui appelle aux mariages temporaires des jeunes, y compris entre mineurs, à l’insu de leurs parents.

L’Occident

« L’Europe (l’Occident) n’est qu’un ensemble de dictatures pleines d’injustices ; l’humanité entière doit frapper d’une poigne de fer ces fauteurs de troubles si elle veut retrouver sa tranquillité. Si la civilisation islamique avait dirigé l’Occident, on ne serait plus contraint d’assister à ces agissements sauvages indignes même des animaux féroces. » « La guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans. Il se peut qu’elle soit déclarée après la formation d’un gouvernement islamique digne de ce nom, sous la direction de l’Imam ou sur son ordre. » Ces passages démontrent que l’aversion de Khomeiny envers l’Occident précède la création de la République islamique et les conflits politiques avec l’Occident. 

Les causes dogmatiques qui font fait que Khomeiny tient ce discours sont les mêmes qui ont poussé les talibans à priver les femmes de tous leurs droits et à rétablir l’esclavage. Alors que l’Occident est encore partagé entre ceux qui refusent tout regard critique porté sur l’islam, pour protéger les musulmans, et ceux qui ne sont intéressés que par le discours négatif qui prétend qu’il n’y a rien à faire avec l’islam qui ne peut ni changer ni se réformer. Les deux sont les meilleurs soutiens des fondamentalistes.  Ce début du XXe siècle ne nous laisse pourtant pas de choix, la lutte contre le totalitarisme et le fondamentalisme islamique se fera au sein de l’islam et de la pensée musulmane ou ne se fera pas.

Razika Adnani

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