Islam révélé et islam construit

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Islam révélé et islam construit sont deux concepts que Razika Adnani a forgés dans son ouvrage Islam : quel problème? Les défis de la réforme.

Razika Adnani, Islam : quel problème ? Les défis de la réforme, UPblisher, France, 2017. Afrique Orient Maroc, 2018

Ainsi, si la révélation s’est interrompue avec la mort du prophète, la construction de l’islam en tant que connaissance et pratique humaines ou islam pratique a continué sur une longue période. C’est l’être humain qui a interprété les textes, qui en a extrait les lois juridiques et qui a transcrit les hadiths qu’il avait soumis, au préalable, à un tri et à un assemblage. Cet immense travail des docteurs de la religion et des théologiens est nécessaire pour permettre à l’islam d’être à portée humaine, de devenir savoir et comportement. La pensée a été sollicitée, dès la mort du prophète pour répondre aux questions sociales et politiques qui se posaient, rendre le Coran plus compréhensible et favoriser une meilleure pratique de ses recommandations.

Durant des siècles, les textes sacrés ont été interprétés et commentés et des lois juridiques en ont été déduites. Quant aux paroles du prophète, elles ont, elles aussi, été rassemblées, triées et rapportées par des hommes et des femmes.

L’islam que l’être humain connaît et pratique est donc le produit de la pensée des musulmans lorsqu’elle a pris les textes coraniques, autrement dit l’islam révélé, comme sujet de réflexion. Cette part humaine, appartenant à la pensée musulmane, marque la différence entre l’islam révélé et l’islam construit ou, devrait-on dire, les islams construits, car si le premier est un, le second est multiple : sunnite, chiite, ibadite, soufi, salafiste, littéraliste, muatazilite…

Certes, si l’islam construit porte en lui une part humaine, les textes qui sont ses fondements, selon la croyance musulmane, sont révélés. Cependant, reconnaître sa dimension divine ne fait pas de lui une parole divine pure et ne permet pas de renier le rôle de la pensée humaine dans son élaboration sauf si cela ne concerne que les textes sacrés ou l’islam révélé.

Dans leur conception de l’islam, tout au moins celui qui est à leur portée, de nombreux musulmans font précisément abstraction de l’intervention humaine. Le prédicateur égyptien Mohamed al-Ghazali (1917-1996)[1], affirme qu’islam et pensée musulmane sont deux domaines distincts, en précisant que la pensée musulmane est une création humaine. Elle se soumet aux lois de l’évolution et aux facteurs du temps. En revanche, l’islam est divin, car son livre est révélé. Ainsi, l’islam, tel qu’il l’a compris et auquel il appelle les musulmans (car c’est de celui-ci dont il s’agit), est, selon lui, pur ; aucune intervention humaine ne s’y est introduite. Ce qui est une véritable illusion.

Tout ce que l’être humain connaît de l’islam est passé obligatoirement par sa pensée. Elle y laisse inévitablement son empreinte. Les musulmans ont en leur possession tout un patrimoine de savoir religieux, résultat du travail des penseurs, des juristes, des commentateurs et des théologiens s’étalant sur plusieurs siècles. Patrimoine nécessaire pour comprendre leur religion et la mettre en pratique. Aussi, la période où le savoir était uniquement révélé s’est-elle achevée le jour où les musulmans ont fait leurs adieux au prophète. C’est la raison pour laquelle, il est aujourd’hui utopique d’envisager un quelconque retour à une époque purement divine ou à un islam pur de toute intervention humaine, comme le prétendent certains fondamentalistes.

Razika Adnani, Islam : quel problème ? Les défis de la réforme, UPblisher, France, 2017. Afrique Orient Maroc, 2018

  • [1] Mohamed al-Ghazali, Pratiques non-islamiques (en arabe), Dar el-Hanna, Algérie, p.114

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