« Journée nationale de la laïcité »

Par Razika Adnani

Aujourd’hui, c’est le 9 décembre ! C’est la journée nationale de la laïcité commémorant la loi de décembre 1905. C’est une occasion pour partager quelques extraits de mon dernier ouvrage : Laïcité et islam, mission possible ?,  ouvrage d’entretiens que j’ai accordés au journaliste José Lenzini 

 « La laïcité, selon moi, est un principe qui fait que l’État est celui de tous et non d’une partie de la population. Un principe qui permet à tous de vivre ensemble, de partager un espace sans qu’il y ait ceux qui ont le droit de s’exprimer et ceux qui doivent se taire. Pas plus qu’il ne doit y avoir ceux qui ont le droit d’imposer leur religion et ceux qui la vivent en secret.» P. 15 

« La laïcité exige une certaine maturité. Ne l’accepte que celui qui sait mettre ses intérêts personnels et communautaires en retrait au profit d’un intérêt plus large et plus universel… Ne l’accepte que celui qui comprend la profondeur du sens des droits de l’humain : l’égalité, la justice et la liberté. » P. 16

« La laïcité pose problème lorsque l’être humain est incapable de se libérer de ses intérêts personnels et communautaires au profit de l’intérêt plus général, lorsqu’il n’accepte pas que la religion de l’autre soit égale à la sienne, alors que c’est le fondement même de la laïcité : reconnaître aux autres les mêmes droits qu’on revendique pour soi-même. C’est la raison pour laquelle la laïcité n’est jamais facile à mettre en place, quelles que soient les sociétés. D’ailleurs, très peu de pays dans le monde ont adopté la laïcité. »   P. 36

« La laïcité crée assurément des liens. C’est son objectif même d’abattre au maximum les frontières entre les différentes communautés. Quelles que soient les réticences exprimées à son égard, il faut reconnaître qu’elle permet le partage serein de l’espace, le droit de tous de l’utiliser équitablement et dans le respect et l’égalité de tous devant la loi. Elle finit par changer le regard qu’on porte sur l’autre. Reconnaître pour les autres les droits à l’égalité et à la liberté tels que nous les réclamons pour nous-même nous permet de vaincre notre égoïsme. C’est une condition pour une relation sereine avec l’autre. » P. 43 et 44

«  José Lenzini. – Lors du discours du Palais du Latran, prononcé en décembre 2007, Nicolas Sarkozy affirmait que « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur1 ». Que vous inspire cette affirmation ?

Razika Adnani. – Cette expression renvoie à l’idée que la morale est une question de révélation et non de raison. Rappelons-nous que les philosophes se sont longtemps interrogés afin de savoir si l’être humain était capable d’accéder aux valeurs morales sans se référer à la religion. Pour Diderot, par exemple : « un athée est aussi largement doté de sens moral qu’un croyant ». Il prône une morale naturelle, indépendante de la religion. Les muatazilites, qui sont des théologiens musulmans rationalistes, affirment que l’être humain est capable de connaître les valeurs morales grâce à la raison. La devise des Lumières, comme la définit Kant, c’est d’avoir le courage de se servir de son propre entendement. Cela est valable pour le domaine de la morale. Avec cette phrase, Sarkozy veut donc renvoyer la France à l’époque d’avant les Lumières, alors que la laïcité elle-même est née de ces Lumières. Elle est fondée sur des valeurs morales issues non pas de la religion, mais de la raison qui nous apprend à vivre ensemble dans le respect et la bonne entente. Pour autant, une société laïque n’est pas immorale ». P. 68

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