La laïcité exige une certaine maturité

Par Razika Adnani

Extraits de l’entretien de Razika Adnani accordé au journaliste José Lenzini. Extraits tirés de l’ouvrage d’entretiens de José LenziniLaïcité et islam, mission possible ?

Razika Adnani.–« La laïcité exige une certaine maturité. Ne l’accepte que celui qui sait mettre ses intérêts personnels et communautaires en retrait au profit d’un intérêt plus large et plus universel… Ne l’accepte que celui qui comprend la profondeur du sens des droits humains : l’égalité, la justice et la liberté. »

 » C’est la raison pour laquelle la laïcité n’est jamais facile à mettre en place, quelles que soient les sociétés. D’ailleurs, très peu de pays dans le monde ont adopté la laïcité. »  

« La laïcité s’imposera dans le futur car nous vivrons de plus en plus dans des sociétés multiconfessionnelles. La séparation entre le politique et le religieux sera alors l’ultime solution, non seulement en France, mais dans tous les pays qui aspirent à une paix politique et sociale, y compris les pays musulmans. »

« Tous ces dépassements prouvent que la laïcité n’est pas acquise et qu’elle doit être sans cesse protégée. Il le faut, car la République française ne peut être forte qu’avec la consolidation de ce principe. Elle repose sur des valeurs : égalité, justice et liberté, qui ne peuvent se concrétiser que dans un système au sein duquel l’État est neutre, sauf à se détourner de ces mêmes valeurs ».

«  José Lenzini. – Lors du discours du Palais du Latran, prononcé en décembre 2007, Nicolas Sarkozy affirmait que « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur1 ». Que vous inspire cette affirmation ?

Razika Adnani. – « Cette expression renvoie à l’idée que la morale est une question de révélation et non de raison. Rappelons-nous que les philosophes se sont longtemps interrogés afin de savoir si l’être humain était capable d’accéder aux valeurs morales sans se référer à la religion. Pour Diderot, par exemple : « un athée est aussi largement doté de sens moral qu’un croyant ». Il prône une morale naturelle, indépendante de la religion. Les muatazilites, qui sont des théologiens musulmans rationalistes, affirment que l’être humain est capable de connaître les valeurs morales grâce à la raison.

La devise des Lumières, comme la définit Kant, c’est d’avoir le courage de se servir de son propre entendement. Cela est valable pour le domaine de la morale. Avec cette phrase, Sarkozy veut donc renvoyer la France à l’époque d’avant les Lumières, alors que la laïcité elle-même est née de ces Lumières. Elle est fondée sur des valeurs morales issues non pas de la religion, mais de la raison qui nous apprend à vivre ensemble dans le respect et la bonne entente. Pour autant, une société laïque n’est pas immorale ».

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