Entre modernité et traditions

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Les Algériens qui voyaient dans l’indépendance le commencement d’une nouvelle ère, où les principes pour lesquels ils s’étaient battus se réaliseraient, ne voulaient pas, dans le même temps, changer leurs normes traditionnelles et les remplacer par d’autres plus modernes. Ils voulaient certes la modernité, mais leur attachement aux traditions était le plus fort.

Parmi les principes de la modernité, deux sont très importants, la liberté et l’égalité ; c’est justement eux qui ont provoqué la défiance et la réticence des Algériens à l’égard de la modernité. Position étonnante, n’est-ce pas, pour un peuple qui venait de sortir d’une guerre menée au nom de la liberté et de l’égalité, mais qui s’explique : les normes d’organisation traditionnelles étaient, elles aussi, fondées sur deux principes très importants, mais qui vont à l’encontre de ceux de la modernité. Le premier c’est l’obéissance, celle de la pensée aux vérités dogmatiques établies, celle de la femme à l’homme, celle de l’enfant à l’adulte et jusqu’à celle de l’individu à la communauté qui le surveille et lui dicte son comportement. Le second repose sur la hiérarchie appliquée à la répartition des droits, notamment entre les femmes et les hommes. L’obéissance, c’est l’acceptation des ordres et leur exécution, sans discussion. Elle s’oppose ainsi non seulement à la liberté, mais aussi à l’égalité, puisque celui qui obéit n’a pas les mêmes droits que celui à qui il doit obéissance, c’est-à-dire à celui qui a l’autorité.[…].

Pour les conservateurs, la modernité dont les musulmans avaient besoin était uniquement scientifiqueet technologique. Cette position des intellectuels a conforté les peuples dans leur choix. En utilisant l’argument de la religion, la position des opposants à la modernité a touché les sentiments des populations de tous les pays musulmans y compris l’Algérie. Le lien psychologique fort que les musulmans entretiennent avec le passé et sa sacralisation les a empêchés d’envisager l’avenir en dehors de celui-ci. La modernité qui incarnait ce changement et cette évolution a été accusée de tous les maux. La première conséquence de cette position vis-à-vis des principes de la modernité a été visible dans la politique entamée par l’État.[..]

« En « choisissant » les normes du système traditionnel pour construire la nouvelle Algérie, les Algériens ont fait de la liberté une belle indésirable qu’il fallait écarter. Comment expliquer qu’un peuple qui s’est battu pour elle, la craigne tant ? Parce que la liberté, pour laquelle ils s’étaient battus, avait un sens bien défini : la libération du colonialisme. En dehors de ce sens, ils ne lui en connaissaient aucun autre. Dans leur culture traditionnelle, non seulement la liberté n’avait pas de place, mais l’obéissance avait toutes les vertus. La liberté est devenue synonyme de « mécréance », désobéissance et débauche : « mécréance » pour la pensée, désobéissance pour le peuple et débauche pour la femme. »

Extrait de l’ouvrage de Razika Adnani, La nécessaire réconciliation, Upblisher deuxième édition 2017.

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