LA RAISON Amie ou ennemie de la religion ?

Par Razika Adnani
Article publié par le quotidien algérien Liberté
Au fil du ramadhan, le 22 août 2011

La religion appartient au domaine du cœur, affirment les croyants des trois religions monothéistes. Saisir la vérité divine, selon eux, ne dépend ni de la raison ni de l’intelligence mais de la profondeur du sentiment.
Abou Hamed El-Ghazali considère que ce n’est pas par la raison que les humains accèdent à la vérité divine mais par un rayonnement profond.

Doit-on pour autant chasser la raison de notre de notre esprit quand on pense la religion ?
La pensée musulmane a connu un courant rationaliste qui a puisé sa légitimité dans de nombreux textes coraniques interprétés comme des recommandations pour inciter à la réflexion et au raisonnement. Toutefois, la difficulté de la pensée à démontrer par les règles du raisonnement logique, les vérités du monde du divin a engendré des divergences dans les opinions et des débats parfois audacieux. La réaction des religieux a été radicale : les musulmans doivent s’éloigner des démonstrations logiques pour avoir une foi solide exempte de doute. Les querelles philosophiques et théologiques entre le courant rationnel et le courant anti-rationnel se sont soldées par le triomphe de ce dernier. Les littéralistes, pour qui le sens apparent des textes est le sens divin authentique et incontestable, ont donné leur verdict : tout raisonnement qui va à l’encontre du sens apparent des textes est réfuté. Ainsi, une rupture épistémologique entre la raison et la religion, incarnée par la position d’El-Ghazali, a été opérée par des musulmans dans le but, en général bien intentionné, de préserver la religion. Une question mérite cependant d’être posée : quelles répercussions peut avoir cette rupture sur la pensée des musulmans et sur l’islam lui-même? Il faut préciser que l’islam est d’abord une foi “iman”; ensuite vient la pratique “amal” qui n’est que l’ensemble des actes et des comportements à travers lesquels le croyant ou la croyante exprime sa foi. Les règles juridiques qui règlementent cette pratique sont appelés, dans la pensée musulmane, “charia”. La foi consiste à croire absolument aux principes fondateurs de l’islam :
– l’existence de Dieu parfait et absolu, unique dans sa perfection, dans son absoluité.
– la prophétie de Mohamed, son dernier messager, qui scelle la révélation.
– la sacralité du livre Saint, le Coran.

Si l’un de ces principes, socle de l’islam, vient à manquer, il ne peut y avoir d’islam en tant que religion. C’est pour cette raison que le rapport des musulmans avec la charia et tout le cheminement de leur pensée ne doivent en aucun cas se contredire avec la foi. La cohérence entre la foi et sa pratique est donc impérative, car elle est une exigence de la foi elle-même. Autrement, la pratique ne serait rien qu’une exigence sociale.

La cohérence entre les différentes propositions d’un raisonnement est l’œuvre de la raison. Par son exigence d’enchainements logiques et son principe de non-contradiction, elle veille à ce que la pensée qui juge vraie (ou fausse) une idée ne se contredise pas tout au long de son raisonnement et de sa réflexion avec elle-même. Une pensée se contredit avec elle-même lorsqu’elle juge vraie (ou fausse) une idée et juge vraie (ou fausse), dans les mêmes conditions, son contraire. Le rôle de la raison est donc très important dans la religion. La cohérence qu’elle exige de la pensée veille à l’harmonie indispensable entre ses deux parties : la foi et la charia. Elle protège la foi de tout outrepassement de la part de l’humain qui, sous l’influence d’exigences politico-sociales, a tendance souvent à oublier sa foi. Elle protège la charia de la contradiction avec la réalité et avec la foi. La rupture entre la religion et la raison témoigne de la renonciation à ce gardien bienveillant de la foi, base de la religion. Par conséquent, si la foi appartient au domaine du cœur, la charia, elle, ne peut se passer de la raison. Grâce à ses règles de cohérence, les musulmans qui ont cru que Dieu est parfait ne peuvent jamais lui attribuer une quelconque imperfection et l’injustice est une imperfection. Grâce à son principe de non-contradiction, les musulmans qui ont cru que Dieu seul a le savoir parfait et absolu, ne peuvent jamais juger parfaite ou absolue la connaissance religieuse ou juridique de n’importe quel être humain, ils ne considèrent jamais aucun humain capable d’accéder au savoir absolu du divin. Pour la simple raison qu’en le faisant, ils se contrediraient avec leur foi et la raison n’aime pas les contradictions. En conclusion, si le respect et la préservation de la religion commencent par la non-contradiction du comportement des musulmans avec les principes de la foi, ne faut-il pas concilier la religion et la raison au lieu de les séparer ? Les défis qui interpellent les musulmans aujourd’hui ne les obligent-ils pas à mettre fin à cette hostilité vis-à-vis de la raison afin de pouvoir repenser leur attitude face à la religion et par conséquent leur avenir ?

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